CHANTS SACRES DU MOYEN ATLAS
Durant une heure et demie, Mohamed Rouicha nous entraîne dans l'univers enivrant du style populaire traditionnel, où le chanteur soliste dialogue avec le contrepoint des modulations enfantines des femmes au sommet du registre et le grondement sourd des hommes battant leurs bendirs en syncopes exaltantes. Personnage de Cour des Miracles, Mohamed Rouicha possède la prestance des flamencos ou des chanteurs tsiganes, prince vagabond, mi-bandit, mi-seigneur. Son chant est une bénédiction mordante, un fer rouge pour sonder les profondeurs de l'âme. On lit sur son visage les nuits d'ivresse entouré de la chaleur des femmes et les petits matins d'errance désespérée priant sous les étoiles pour que l'astre solaire fasse fuir les fantômes. Sa voix nous touche au-delà de toute forme esthétique. Il est vrai. Et le “ouatar”, grand luth à quatre cordes qu'il porte comme le symbole d'une des plus anciennes traditions musicales, est le même que l'on voit sur les miniatures persanes du temps d'Omar Khayyâm. Quel est le producteur qui voudra révéler au monde la puissance de l'art de Mohamed Rouicha, avant que les ordinateurs des studios marocains aient définitivement tué la sublime tradition des musiques berbères